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AU TEMPS DE LA CONSPIRATION DU SILENCE
Au siècle dernier…

[…] L'inaction de la (Sublime) Porte a découragé les bonnes volontés des Arméniens.

Les réformes promises n'ont pas été exécutées.

Les exactions des fonctionnaires sont restées scandaleuses ; la justice n'a pas été améliorée, la création de régiments kurdes Hamidiés, soi-disant destinés à surveiller les frontières, n'a pas été autre chose que l'organisation officielle du pillage aux dépens des chrétiens arméniens.

Ce n'est pas là, il est vrai, une situation particulière à l'Arménie. D'un bout à l'autre de l'Empire, les Grecs, les Albanais, les Arabes se plaignent du manque de justice, de la corruption des fonctionnaires et de l'insécurité de la vie. Mais l'importance politique de l'Arménie attirait spécialement sur ses habitants l'attention des Puissances et il devenait facile d'exploiter pour le compte des Arméniens une situation qui est celle de tous les sujets de l'Empire.

C'est vers 1885 qu'on entendit parler pour la première fois en Europe d'un mouvement arménien. Les Arméniens, dispersés en France, en Angleterre, en Autriche, en Amérique, s'unirent pour une action commune : des Comites nationaux se formèrent, des journaux, organes des revendications nationales, se publièrent en français et en anglais ; très habilement, les uns et les autres s'attachèrent à montrer les méfaits de l'administration turque. Par là, on signalait à l'Europe la violation par les Turcs du traité de Berlin.

La propagande arménienne tâcha d'abord de gagner la France à sa cause, et fit appel à ce qu'on nomme "ses sentiments chevaleresques". On publia quelques articles de revues, on organisa des banquets, on prononça des discours, on manifesta sur la tombe de Lusignan à Saint-Denis. La France, il faut le reconnaître, n'y comprit rien et ne s'intéressa point à des gens qui lui parlaient du mont Ararat, de Noé et des Croisades"…

[…] Le règlement de la Question arménienne dépendait de la diplomatie européenne. Si l'opinion française apprenait ce qui était en train de se passer en Arménie, le sultan n'oserait plus ordonner les massacres d'Arméniens, Tchobanian en était persuadé et il ne pouvait tolérer cette indifférence dans laquelle on la maintenait. Il a exprimé lui-même ce qu'il ressentait alors : "La période des grands massacres d'Arménie fut certainement le moment le plus hideux de l'histoire contemporaine. Un peuple chargé de siècles et de douleurs, qui avait trouvé en son âme assez de vigueur et de jeunesse pour jeter le premier cri de révolte contre le despotisme affreux étouffant l'Orient tout entier, fut déchiré, déchiqueté par toutes les forces du Monstre ; grand orphelin seul au monde, n'étant ni slave, ni catholique, ni protestant, mais seulement un groupe d'hommes désirant voir la culture occidentale, la liberté et la justice triompher en Orient, il fut abandonné par toute l'Europe officielle".

C'est pour essayer de rompre ce silence dont on entoure le drame arménien que Tchobanian a décidé de fuir Constantinople et de s'installer à Paris, où il entend révéler à l'opinion française la vérité sur les massacres d'Arménie, cette vérité que les puissances d'argent s'ingénient à cacher, que la presse dénature et que le ministre des Affaires étrangères falsifie : "Quand les massacres d'Arméniens ont éclaté en 1895, massacres où périrent, en pleine période de paix, trois cent mille Arméniens, pour la plupart de pauvres gens désarmés, des femmes, des enfants, des vieillards, atrocement égorgés, j'ai décidé de quitter la brillante situation de professeur de langue et de littérature arméniennes et françaises que j'avais à Constantinople et de venir à Paris consacrer toutes mes forces à la propagande pour la cause arménienne. Il y avait un devoir patriotique à remplir, pour lequel il fallait sacrifier pour quelques temps la tâche purement littéraire, d'autant plus que, au moment où les Turcs massacraient férocement des milliers d'Arméniens, certains journaux européens, gagnés par le gouvernement turc, publiaient des articles où ils montraient les révolutionnaires arméniens massacrant les malheureux Turcs : Le Petit Journal, qui était à ce moment le journal le plus répandu de Paris, publiait un supplément illustré où figurait un dessin représentant des anarchistes arméniens chargés de revolvers et de bombes, attendant à la porte d'une mosquée pour attaquer les Turcs à leur sortie. Cette déformation atroce de la vérité m'indigna profondément. Avant de quitter Constantinople pour Paris, j'ai envoyé, par l'intermédiaire de Pierre Quillard, qui devait devenir plus tard un des grands amis et défenseurs de la Cause arménienne, des lettres à Henry Bauër, à Rochefort, à Mme Séverine qui répondirent à mon appel et publièrent des articles défendant les Arméniens et protestant contre les massacres organisés par le gouvernement turc. Ce succès m'encouragea encore plus fortement à réaliser mon projet de venir à Paris consacrer toutes mes forces à la propagande pour la cause arménienne".

Ainsi commence, pour Tchobanian, un exil volontaire qui va durer soixante ans.

Extraits du livre d’Edmond Khayadjian, "A. Tchobanian et le Mouvement Arménophile en France"


Aujourd'hui...
  • Depuis plus de quatre-vingt neuf ans la Turquie continue à nier l’existence du génocide perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs en 1915…
  • Certains médias en France continuent à taire les injustices subies par les minorités en Turquie...
  • Ils occultent la situation réelle de la Turquie d’aujourd’hui :
    • la montée de l’intégrisme,
    • les problèmes géopolitiques avec les voisins,
    • le blocus exercé sur l’Arménie,
    • la situation catastrophique de l’économie,
    • le non-respects des droits de l’homme, etc. la liste est longue.
  • A la veille de l’ouverture des négociations sur l’entrée de la Turquie en Europe, les faits divers qui pourraient alerter ou inquiéter l’opinion publique européenne passent sous silence…

Bref, " la conspiration du silence " continue…! 



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